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I Was a Good Kid

Du 14/03/2015 au 18/04/2015

Artistes invités : Joey Haley - Edouard Nardon - Adeline Parrot - Maya Rochat - Sindre Foss Skancke - Scott Treleaven

Une proposition de : Benjamin Bianciotto

Et s’il n’y avait rien à comprendre ? Et rien à dire ? Si l’histoire de l’art, et au-delà celle de la pensée, n’était qu’une invention propre à nous éloigner de la vérité ? La linéarité devenant atteinte à tout ce qui sort du rang, aux débordements libérateurs, aux chemins déviants; la transversalité de Caillois, les illuminations, l’ascétisme, le nettoyage de portes, les loges forestières, la démence chimique ou héritée, deux mille un tunnels lumineux, en solitaire ou habité, la foi en l’érotisme et du rouge à lire comme autant de voies d’accès entravées. Un étrange club des Six déambule néanmoins le long d’une fi ssure, nous indiquant un passage privilégié et royal, par l’art éclairci.

« D’étranges cannibalisations de différentes cultures perdues et de mythologies intuitives »
(D.W., PfA: X-RfH – MCMLXXXIX).
Imaginez des artistes qui ont réussi l’amalgame parfait, réalisé le rêve surréaliste ultime : réunir la transcendance du Romantisme et du Symbolisme avec la spontanéité fulgurante de l’Art Brut, tout en demeurant parfaitement étanche à tout mouvement. De libres héritiers.
Cela donne immanquablement des oeuvres singulières, et des approches de l’art qui ne sont pas sans risques. Le travail de Maya Rochat s’inscrit dans cette perspective. Sa démarche offre une oeuvre foisonnante et lumineuse jusque dans ses recoins les plus sombres. Elle tapisse l’esprit de superpositions aventureuses et crée ainsi une
spirale émotionnelle fulgurante. Traversé, électrifi é et illuminé, Joey Haley impose à l’histoire de l’art son propre rythme, ses divagations personnelles.
Dans des dessins et peintures nervurés, il danse avec d’imposants démons créatifs.

« Lorsque la bouche des dieux se tait, alors chacun peut entendre sa propre voix »
(C.G.J., L.N, L.S.-Lm(I) – MCMXIII-MCMXXX).
Ces démons, Sindre Foss Skancke les connaît bien. Il les côtoie, les choie, les défi e. En écrivant de nouveaux mythes, il ne se contente pas de réveiller les anciens, il esquisse un nouvel horizon. Celui où grandeurs et décadences s’annihilent et où se forge, par la virulence du trait et la sérénité de la pensée, une esthétique réconfortante car singulière. Face au silence ou aux cris des dieux, Scott Treleaven parle. Il parle le langage de la magie pure, originelle, celle qui a fondé l’oeuvre d’art. Il y a dans ses vidéos autant de nostalgie que de transmission, de force souterraine que d’éclatante profondeur conceptuelle. Il met en image l’Esprit.

« Où que puisse se trouver la vérité cosmique, ce n’est pas dans A, B, C et D »
(S.K., I2001,WLBaS-LW?, N.Y.T. – MCMLXVIII).
Il y a une certaine fascination mêlée de stupéfaction devant les collages d’Adeline Parrot. Des sentiments troubles qui naissent de sa capacité à contrôler l’évasion, à harmoniser les contraires. Elle ne déstructure pas notre quotidien, elle lui redonne la capacité à nous émerveiller, malgré l’inquiétude manifeste. Un trait partagé par les dessins et peintures d’Edouard Nardon. Sous des voiles qui rappellent la proximité du sacré et du trivial, il glisse des codes à décrypter, des images à relire et relier. Il apostrophe nos aptitudes à errer entre le connu et l’inconnu.
Etre capable d’analyser sa folie : Schreber l’a fait en étant fou ; Jung l’a fait sans l’être. C’est un geste aussi insensé que salutaire, aussi effrayant qu’inimaginable. Si le Liber Novus est un polyèdre merveilleux, il demande à être poursuivi, complété, retaillé. Il permet de sonder une part de l’histoire de l’art où peu osent s’aventurer. Mais ceux qui en reviennent ont tant de choses à dire, et nous à comprendre
.